- J'avoue que c'est meilleur que ce à quoi je m'attendais ! Me fais remarquer Jack en rigolant légèrement, pointant le plat de spaghetti de sa fourchette.
- Tu t'attendais à quelque chose d'infecte et immangeable, c'est ça ?! Tu pensais finir la soirée sur une pizza que j'aurais au préalable achetée !
- Exactement ! C'est toi qui m'as dis que tu n'étais pas un as en cuisine ! J'ai rien inventé !
- C'est vrai, mais il faut quand même que je fasse manger Aaron de manière plus équilibrée que pizza et glaces tu sais ! Même si je ne doute pas que les premiers mois il serait le plus ravi des enfants.
- Il a grandit, me fait il remarquer en évitant de me regarder. Et il me semble bien élevé.
- C'était son premier jour d'école aujourd'hui, je fais en continuant sur la conversation. Si tu l'avais vu, il était tellement impatient et fier de pouvoir dire qu'il allait à l'école, mais au moment de partir, il est redevenu le bébé qu'il était il y a deux ans. Il a couru vers moi et s'est jeté dans mes bras.
- Je crois que tu as fais du bon travail avec lui.
- Ce n'est pas du travail ...
- Ce que je veux dire, c'est que tu es une bonne mère.
- Je fais ce que je peux. Mais j'ai beau faire mon maximum, je sens bien qu'il lui manque quelque chose...
- Un père, tu veux dire ?
- En effet, un père.
Je crois que le sujet abordé est encore trop fragile, aucun de nous ne se tente à aller de l'avant, de peur de glisser sur la chaussée encore trop glissante.
Je me débrouille pour apporter un autre sujet sur la table, le temps passe, et au fur et à mesure de la soirée je me sens de plus à plus à l'aise. J'avoue que le vin aide un peu ... mais tout même, l'ambiance se réchauffe, on se détend et on parvient à rigoler librement.
Je découvre un autre Jack, celui avec qui je passe la soirée n'a rien à voir avec celui qui était sur l'île, rongé par le remord, par le besoin de guider et de sauver les gens, par l'envie de devenir un homme respectable. Ce que n'avait pas compris chez ce Jack là, c'est qu'il n'avait pas besoins de faire tout ça pour l'être. L'homme que j'ai face à moi plaisante, s'amuse et est détendu. A chaque minute il ne cesse de m'étonner, et j'ai maintenant envie d'en savoir plus sur lui car je présage qu'une fois ces deux hommes réunis, il peut être quelqu'un de bien plus exceptionnel que ce qu'il ne veut bien me faire croire.
Il est minuit largement passé, et je me trouve sur le pas de la porte avec lui. Je n'ai aucune envie de me la jouer à la manière des films d'Hollywood alors je n'attend pas qu'il me regarde intensément pour passer ma main autour de sa nuque pour l'embrasser. Je ne me suis permise aucune réflexion, parce que je sais que si je commence à réfléchir sur ce que je devrais faire ou pas, tout sera bien trop compliqué. Alors je me contente de faire ce que j'ai envie de faire depuis très longtemps. Une légère impression de déjà-vu, mais dans un contexte différent. Les arbres sont remplacés par une terrasse en pierre bien solide, l'odeur du bambous par celle divine du parfum que porte Jack et nos esprits effrayés par des esprits rassurés. La magie de la ville agit, j'embrasse cet autre Jack avec qui j'ai passé la soirée, mais les lèvres sur lesquelles je pose les miennes sont belles et bien celle du Jack que j'ai rencontré lors d'un crash d'avion. Il y a plusieurs années. Ces mêmes lèvres qui m'ont valu bien des soucis, des colères et des remords. Aujourd'hui je les embrasse librement, plus rien ne peut m'arrêter car je sais que le lendemain, il sera toujours là. Je sais qu'il ressent la même chose. La fraîcheur de la nuit s'empare de moi et ma peau est parcourue par un frisson qui nous sépare, je vois sa main se poser sur mon épaule contractée par le froid, alors j'incline mon cou pour la caresser avec ma joue. Je finis par le regarder, par sourire et par rigoler. Je rigole comme jamais, il me regarde avec un air interrogateur. Je me contente de continuer à le regarder et finit par lui faire une petite allusion au style « comédie romantique américaine » que je cherchais à éviter et dans lequel finalement on pourrait très bien classer cette scène ...